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Isbergues et Artois-Flandres

Lucien Suel revient avec la Patience de Mauricette

Sur la route de Mauricette

jeudi 15.10.2009, 14:00
Lucien Suel a écrit «La Patience de Mauricette» pendant une immersion d'un an à l'hopital psychiatrique (EPSM) d'Armentières. Lucien Suel a écrit «La Patience de Mauricette» pendant une immersion d'un an à l'hopital psychiatrique (EPSM) d'Armentières.

Après Mort d'un jardinier, l'écrivain établi à Ligny-lès-Aire nous livre son « premier vrai roman » selon ses propres termes. C'est l'histoire d'une vieille dame qui a disparu de l'hôpital psychiatrique d'Armentières

Quelques mois à peine après Mort d'un jardinier, Lucien Suel est de retour en librairie avec la Patience de Mauricette.

Fort du succès du précédent (6 000 exemplaires vendus à ce jour, une parution en poche imminente), l'éditeur a lâché celui-ci dans la cour des grands, parmi les six cent cinquante nouveautés de la rentrée littéraire.

En sortant la première semaine de septembre, la Patience de Mauricette prenait le départ de la course aux prix (Renaudot, Femina, Goncourt, etc.) Faux départ en l'occurrence mais, faute de prix, Lucien Suel peut tout de même s'enorgueillir. Son nouveau livre a survécu à l'irrésistible reflux qui attire tant de ses semblables vers l'oubli et le pilon. Le premier tirage de 6 000 exemplaires a été épuisé à peine trois semaines après sa sortie. La nouvelle fournée vient d'arriver sur la table de votre libraire.

Parler de chiffres de vente et d'exposition médiatique avec Lucien Suel, c'est un peu comme parler une langue étrangère. Dans son réseau de potes poètes, Lucien s'était déjà bâti, et pas d'hier, une petite notoriété auprès des amateurs de poésie d'avant-garde. Mettant fin un peu avant l'heure à sa carrière d'instituteur, il s'était déjà voué à l'écriture et aux performances scéniques littéraires. Un parcours qui lui fait relativiser le statut d'écrivain professionnel.

L'histoire d'un lieu

La Patience de Mauricette est la rencontre de deux projets. En mai 2008 Lucien Suel entre à l'EPSM (l'hôpital psychiatrique) d'Armentières en qualité d'artiste résident. En échange d'une immersion totale de six mois — tant parmi les malades que parmi les personnels soignants —, l'EPSM attend de lui une oeuvre inspirée du lieu et de son histoire. Le décor était planté, le reste était à imaginer. Mauricette Beaussart — sorte de double dont l'auteur s'est doté en 1988 — s'est imposée. C'est sous sa plume que Suel avait publié, entre nombreuses autres incursions écrites, les Lettres de l'asile en 1991. Lettres envoyées depuis l'EPSM de Saint-Venant, à en croire l'auteur de la préface. Dans cette introduction en forme de récit réaliste, parfaitement ambigu, Lucien Suel signalait la disparition de Mauricette. Sans le savoir, le poète posait les jalons du roman qu'il nous donne à lire dix-huit ans plus tard.

Grégory FAUCQUEZ


La Patience de Mauricette, éd. la Table ronde, 18 euros en librairie (dont la librairie du Beffroi, à Aire-sur-la-Lys). Lucien Suel est aussi l'animateur d'un blogue.

L'Echo de la Lys
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L'histoire

« Mauricette Beaussart, soixante-quinze ans, a disparu de l'hôpital où l'on soigne sa santé mentale. Son ami Christophe Moreel entreprend de la retrouver. Au fil de sa quête, le passé et le présent de Mauricette s'entrecroisent, tissant peu à peu le portrait d'une femme riche de ses grandes souffrances et de ses petits bonheurs. »

Le grain de Suel

 Ceux qui ont aimé Mort d'un jardinier pour son audace stylistique et narrative pourront être surpris par la sagesse des premières pages de la Patience de Mauricette. Déroutant de la part de celui qui a toujours baigné dans les jus, pas toujours clairs, de Kerouac, Bukowski et Burroughs.

L'auteur s'en explique ci-contre : il voulait créer la rupture entre les monologues de Mauricette et le récit proprement dit, qui suit Christophe Moreel sur les traces de l'héroïne après sa disparition, et bien avant sa maladie mentale. Le destin de Mauricette commence entre les deux Guerres mondiales, à Saint-Venant. L'écriture sans effets de manche pratiquée par Lucien Suel colle parfaitement à la description du travail dans les champs tel qu'il se faisait au début du vingtième siècle, et aux paisibles premières années d'une vie humble.

Il faut attendre le deuxième chapitre pour que Suel fasse à nouveau tourner la grammaire en bourrique, se foute des convenances et laisse cascader les visions. Une liberté totale qui n'a rien de gratuit. Dans ces chapitres, imprimés en italique, le lecteur voyage dans la tête de Mauricette Beaussart, pensionnaire de l'EPSM d'Armentières. Époques, personnes, lieux, tout s'y mélange et se recrache en formules lapidaires. L'héroïne va ainsi de haut en bas, du rire aux larmes.

Le « poète ordinaire » n'est pas loin : tous les monologues de Mauricette Beaussart ont la même longueur, au caractère près.

Mots d'auteur

Écrivain professionnel - « En collaborant avec la Table ronde, j'ai changé d'échelon. Avant, je ne touchais les lecteurs que par quelques très rares librairies, par bouche à oreille et par courrier. Au fil du temps, je me suis constitué un réseau de mille lecteurs à qui j'envoie régulièrement mon catalogue. Maintenant que mes livres sont en librairie, ils ne sont plus invisibles. L'important, c'est de toucher les gens. »

Public - « J'ai toujours eu le souci du lecteur, mais pas de cette façon. J'ai envie que la Patience de Mauricette touche un maximum de gens. Je sais d'expérience — par ce qu'on me dit et ce que je lis dans les blogues —, qu'il est lu par toutes sortes de gens, qui y entrent selon leur intérêt : certains vont s'attacher aux descriptions de la vallée de la Lys, d'autres aux personnages, à l'histoire, au style... Ça m'a touché quand une lectrice m'a dit qu'elle avait aimé la fin du livre, parce qu'elle n'aurait pas aimé une fin triste. Moi non plus d'ailleurs. Je ne voulais pas que ça se termine mal pour mon héroïne. »

Un premier vrai roman - « C'est mon premier vrai roman. Mort d'un jardinier avait été lu, puis défini comme tel par mon éditrice. C'était écrit sur la couverture. Mais pour moi c'était un texte en prose poétique. Dans la Patience de Mauricette, c'est autre chose. Il y a une intrigue autour de la disparition de Mauricette, des dialogues... C'était un vrai challenge. Il m'a fallu créer des personnages avec une biographie, et que le tout soit cohérent. Je n'avais jamais écrit de dialogues. C'est compliqué, il faut que ça sonne "vrai". »

Mauricette Beaussart - « J'avais ce personnage principal, qui avait déjà un passé, à travers ce qui avait été publié précédemment. Il suffisait de l'installer dans le décor de la clinique, au G 18, de lui trouver une nouvelle histoire qui permettait de la ramener géographiquement sur Armentières. J'ai imaginé que la mère de Mauricette était de Deûlémont, son père de Saint-Venant, le lien était fait. Puis j'ai placé dans le contexte historique, la guerre, les filatures, et tout en restant dans la vallée de la Lys. Restait à trouver pourquoi elle était internée, peut-être chercher du côté de son enfance... Au milieu de ces éléments romanesques, le suspense autour de la disparition de Mauricette, j'ai imaginé qu'elle tenait un journal. Parce que j'aime bien écrire « à la Mauricette Beaussart ».

Quant au personnage de Christophe Moreel, il aide à faire avancer l'intrigue en ménageant un certain suspense. Il est celui qui ne sait pas, qui découvre au fur et à mesure. »

Classique et expérimental - « Je me suis appliqué à écrire une partie du roman de façon classique, avant tout parce que j'avais en contrepoint le journal de Mauricette. En utilisant un style expérimental de la première à la dernière page, j'aurais perdu ce contraste. Mais le côté expérimental apparaît aussi dans le récit classique. Je pense aux références aux "fous littéraires", à Burroughs... C'est une façon de montrer que si je peux écrire des cut up "illisibles" ou des choses ardues comme Sombre Ducasse, je peux aussi produire des textes très accessibles. J'ai beaucoup de plaisir aussi à écrire de cette manière, je dirais "fluide". Et c'est d'ailleurs celle-là qui m'a demandé le plus de boulot, parce qu'il fallait réécrire, corriger, élaguer, épurer... Au contraire les monologues de Mauricette n'ont absolument pas été remaniés. On est dans le cerveau de Mauricette, qui est un personnage complètement flippé. »

Psychiatrie - « Les patients que j'ai côtoyés à l'EPSM n'ont pas influencé le personnage de Mauricette. J'avais déjà sa biographie, même si j'ai dû faire quelques arrangements, et surtout sa façon d'écrire. En revanche, je me suis attaché à décrire les lieux, à être le plus fidèle possible dans mes descriptions. Je suis même tombé un moment dans l'excès de détails. Il a fallu en enlever. Je ne savais rien du traitement des maladies mentales avant cette résidence. J'ai découvert par exemple que 90 % de l'activité se font en dehors du site, en consultation, dans les hôpitaux de jour, chez les patients eux-mêmes... Les traitements sont variés mais le but est toujours de soulager la personne, et en fonction de l'histoire de chaque individu. Mon séjour à l'EPSM Armentières a été une très belle expérience. Tout le monde m'a fait un accueil formidable. »

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