Le possible agrandissement de la porcherie d'Heuringhem provoque un tollé. Le maire d'Heuringhem, favorable dans un premier temps, est surpris et bouleversé par la réactions de riverains. L'éleveuse, Aurélie Bridault, estime que beaucoup de choses inexactes se racontent concernant son projet.
Le projet de déménagement et d'agrandissement de l'élevage porcin d'Heuringhem provoque inquiétudes, colère et indignation parmi des habitants du secteur. Le conseil municipal d'Ecques vient de se prononcer contre, celui d'Heuringhem se réunit en urgence ce jeudi pour, peut-être, revenir sur son avis favorable. La porcherie se situera à quelques centaines de mètres des premières habitations du hameau de Coubronne, à Ecques. Les gens redoutent entre autres les odeurs de l'épandage du lisier dans les champs.
Notre édition du 15 décembre présentait le projet d'installation d'une porcherie en donnant la parole à sa jeune exploitante, Aurélie Bridault, qui travaille actuellement dans la ferme de ses beaux-parents, près de l'église du village. Pas moins de 4 500 porcs en croissance y seraient élevés sur une surface d'exploitation de 6 700 mètres carrés.
Réunion improvisée
Le 26 décembre, le conseil municipal d'Heuringhem se prononçait pour cette installation tout en refusant l'épandage des fumiers et lisiers sur son territoire. Une enquête publique a été menée dans la commune fin décembre, qui s'est achevée le 28 par une réunion improvisée, tant la permanence du commissaire enquêteur s'est avérée saturée.
Des Heuringhémois y ont exprimé leur mécontentement d'avoir été tardivement informés de ce projet. Si des commentaires le soutiennent, c'est l'inquiétude des riverains qui s'exprime dans l'enquête. Cette semaine, le maire, Jean-Paul Lefait, va d'ailleurs se pencher à nouveau avec son conseil sur la question.
À Ecques, un conseil municipal se sera rarement déroulé en présence d'un si grand nombre de citoyens, habitants de la commune mais aussi des Heuringhémois opposés à ce projet de porcherie. Ce samedi 7 janvier, à 9 h 30, la salle était comble. Même si les villageois savaient qu'ils ne pourraient prendre la parole, une même volonté d'assister au débat et de connaître la décision du conseil les animait. Le premier point à l'ordre du jour était en effet celui de la porcherie industrielle voisine.
Cinq cents signatures
Une pétition, lancée par des habitants des hameaux de Coubronne, du Blamart, de la Sablonnière et du Bribou, proches du lieu d'implantation, a d'ailleurs recueilli près de 500 signatures en quelques jours, sur une population d'environ 1 800 habitants. Des représentants du corps médical du village se joignent à cette pétition. « Ni d'ordre politique, ni d'ordre écologique, celle-ci montre que la population veut vivre tranquillement et sans désagrément », explique un des signataires.
Yves Bertin, maire d'Ecques, a dans un premier temps lu les lettres inquiètes reçues en mairie. Les propos en ont d'ailleurs été repris et développés par certains conseillers municipaux.
Inquiétudes d'ordre environnemental tout d'abord, avec le problème des odeurs que pourraient engendrer un élevage intensif, mais surtout la question des épandages de lisier, prévus dans 14 communes environnantes, de Blendecques à Aire-sur-la-Lys et même jusque Enquin-les-Mines et Estrée-Blanche.
Ces épandages, a-t-on lu, engendreraient des infiltrations jusqu'aux nappes phréatiques. Sujet sensible, d'autant qu'à Ecques, l'assainissement des eaux usées vient de s'achever et aura demandé quinze ans de travaux (au vu de l'étendue de la commune) et plusieurs millions d'euros ! Cet effort est-il compromis par ces épandages ?
La présence de cressonnières à Ecques, de la Melde non loin de la future exploitation, et de stations de pompage d'eau dans la nappe phréatique par les établissements Bonduelle ont été soulignées. La santé publique serait en jeu.
Référence a été faite à l'élevage porcin intensif breton avec le problème des algues vertes toxiques. Extrait : « Cet élevage est incohérent avec les valeurs écologiques. On privilégie le profit d'un particulier au détriment du plus grand nombre. Comment évoluera cette exploitation ? Qu'est-ce que ça va donner plus tard pour nos enfants ? » Autre souci évoqué dans un des courriers relayé par un conseiller municipal, Philippe Lecocq : celui des moins-values financières sur le foncier immobilier (terrains et maisons). « Qui voudra encore acheter à Ecques avec de telles nuisances ? Nous craignons pour le développement de la commune, qui était jusqu'alors très attractive. »
Projets à Roquetoire
Le résultat du vote des 19 élus sur la question « Pour ou contre l'exploitation d'une porcherie industrielle à Heuringhem, près de la commune d'Ecques ? » a été catégorique : 17 voix contre et 2 voix pour.
Signalons qu'un autre projet de porcherie semble pointer le bout de son nez à Roquetoire : Michel Hermant a réuni son conseil municipal mercredi soir pour, entre autre, donner un avis sur deux demandes d'exploitation d'élevage porcin. Michel Hermant a remis ces questions à plus tard, mais son conseil s'est prononcé contre le projet d'Heuringhem.
D'où les réactions : « Qui est derrière ces élevages intensifs ? » Et certaines personnes d'accuser les marchands d'aliments et d'antibiotiques belges, qui, avec la législation de leur pays désormais plus stricte, tentent de vendre leurs produits à l'étranger.
D'autres personnes qui se qualifient d'« Ecquois pensant aux générations futures » ont d'ailleurs rédigé un communiqué sur cette affaire de porcherie.
Ils dénoncent « l'agriculture intensive et le système productiviste délirant dans lequel est inexorablement enfermé l'agriculteur ». Ils mettent aussi en cause la grande distribution qui exige des coûts toujours plus bas, en brandissant la menace de se fournir dans d'autres pays ; les producteurs de phytosanitaires en particulier les laboratoires pharmaceutiques qui gagnent de plus en plus d'argent sur le dos des éleveurs.
« Il est urgent de changer de cap et de revenir à plus de raison ! Écoutons ceux qui proposent une agriculture paysanne, bioclimatique, biologique pour des productions de qualité avec des méthodes respectueuses de l'environnement et également des animaux Avez-vous pensé à la souffrance des bêtes parquées dans des espaces exigus, échangeant miasmes et maladies, passant leur vie sous perfusion d'antibiotiques ? Ce n'est pas sans conséquences sur la santé des consommateurs. À l'honneur, le caillebotis, espèce de grillage sur lequel s'agglutinent les animaux et sous lequel glissent leurs déjections, obligeant l'animal à vivre confiné sous d'atroces odeurs d'ammoniac et d'excréments. »
On le voit, des gens se mobilisent. Leurs représentants, présents et passés, aussi. Les deux anciens maires d'Ecques, Michel Billet (de 1977 à 2001) et Philippe Fardoux (de 2001 à 2008), ont envoyé au préfet du Pas-de-Calais et la sous-préfète de Saint-Omer un courrier dans lequel ces arguments sont énumérés, en insistant sur les gros efforts fournis par la commune, avant-gardiste en matière d'assainissement, et son caractère attirant de par sa situation géographique, ses équipements et sa vie associative active.
La population espère être entendue, car même si les conseils municipaux des communes concernées se prononcent contre cette implantation d'élevage porcin intensif, il faut savoir que c'est le préfet qui aura le dernier mot. Affaire à suivre !
Laurence HARENDARCZYK
Comment vivez-vous les réactions qui sexpriment autour de votre projet ?
Je trouve dommage que ce phénomène prenne une telle ampleur. Jaurais préféré que ceux qui se posent des questions en discutent avec moi plutôt que de dire des choses qui ne sont pas exactes.
Le maire, lui, est visiblement surpris et touché, sinon bouleversé, par lopposition radicale qui se dessine. Comment expliquez-vous ce grand écart de points de vue ?
Le maire connaît mon sérieux, et il doit trouver désolant que des gens qui ne me connaissent pas me jugent de cette manière.
Les opposants ne sont pas contre le fait que vous travailliez, ils dénoncent la dimension industrielle du projet, avec un système vendu par des Belges. Le comprenez-vous ?
Je ne sais pas comment répondre à ce genre dargument sur un « système », tant ça me semble aberrant. La Belgique ? Ce sont des ragots, il suffit de se référer au dossier.
À propos de la taille de lexploitation, je remarque quil y a dans le Nord-Pas-de-Calais des élevages de 500truies, et que ça se passe très bien. Pourquoi est-ce que ça devrait mal se passer à Heuringhem avec mes 280 truies ?
Vous avez le sentiment que les opposants secouent des épouvantails ?
Jai limpression que quelquun a commencé à sinquiéter, quun autre a ajouté une inquiétude là-dessus, que dautres peurs sy sont greffées. Au final, ce qui se dit de mon projet est très loin de sa réalité. Il faut comprendre que je ne voulais pas continuer de travailler près des maisons. Mon objectif premier, cétait de méloigner. Jai du mal à comprendre ceux qui voudrait men empêcher.
Maintenant, lenquête publique est terminée. Le dossier passe entre les mains du préfet. Cest lui qui tranchera.
Propos recueillis par Stéphane LAMEK
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