Agglomération de Saint-Omer

Conflit social sans précédent à Arc international

« Ce n'est pas à nous de payer la note »

jeudi 11.03.2010, 14:00
Une marée humaine rarement vue à Arques. L'appel au débrayage était reconduit par l'intersyndicale au moins jusque ce mercredi matin, sept heures. Une marée humaine rarement vue à Arques. L'appel au débrayage était reconduit par l'intersyndicale au moins jusque ce mercredi matin, sept heures.

Contre le passage aux 3/8 du décor, contre le gel des salaires, contre les délocalisations, contre les licenciements, étaient les mots d'ordre d'une manifestation assortie d'un appel à la grève. Bilan : 350 grévistes et au moins 1 700 cris

Par son ampleur, c'est une première dans l'histoire du verre arquois. Mais ceux qui sont en train de la vivre s'en seraient volontiers passés.

Ce mardi à 9 heures, des salariés d'Arc International se sont mis en grève. Plus de mille de leurs collègues les attendaient au chalet, l'un des points d'entrée d'Arc International, à l'appel de l'intersyndicale.
À la mi-journée, la direction dénombrera 350 grévistes. Quant au cortège dans sa globalité, il était composé de 1 700 personnes selon la police, et - le fait est insolite - de 1 200 selon les organisateurs. Soit plus d'un salarié sur six d'Arc International dans tous les cas, MMV à Aire et la moulerie de Blaringhem inclus.
« Nous savons
que votre but
est de supprimer plusieurs centaines
de salariés ! » Les délégués syndicaux centraux se suivent au micro pour les premières déclarations de la matinée. Philippe Maes, pour la CGT, s'adressant indirectement à la direction : « Ce n'est pas aux salariés de payer la note ! Ne touchez pas au rythme de travail ! Nous savons que votre but est de supprimer plusieurs centaines de salariés ! » Pour le syndicat des cadres, CFE-CGC, Élisabeth Jacques poursuit : « Merci d'avoir bravé le froid et les pressions. Voilà six ans que cela dure, qu'on nous mène en bateau, cela commence à bien faire ! » De son côté Joël Deremetz, pour FO, annonce le contenu de la réunion qui doit suivre avec des représentants de la direction : « Nous allons demander l'augmentation des salaires. Nous allons leur dire non au passage aux 3/8 du décor. Non à la délocalisation en Chine et dans les Émirats Arabes. » Le délégué CFDT Vincent Fenaert confirme, et précise que l'augmentation demandée sera de 2 %. Il qualifie au passage de honteuse l'augmentation de quarante euros de la prime d'été accordée lors de la toute récente négociation annuelle obligatoire. Enfin Lionel Blot, de la CFTC : « On dit que les cristalliers ne savent pas se mobiliser, vous faites la preuve du contraire ! » Philippe Maes de nouveau : « La direction nous a demandé de réaliser 26 % de gains de productivité. Nous avons fait les efforts, et quel est le discours de la direction aujourd'hui ? Gel des salaires et aucune garantie sur nos emplois ! » Et toujours le spectre des licenciements : «  Même si le préfet nous a traités d'irresponsables, je maintiens qu'avec les 117 postes supprimés avec l'arrêt du four K, les 870 du sureffectif, les 320 du décor et les effets de la crise, ce sont au moins 1 500 licenciements qui vont avoir lieu ! La direction nous fait la promesse d'une prime d'intéressement. Mais attention à ce qu'elle ne nous soit pas versée sur le dos de nos collègues licenciés ! » Qu'il y aura des licenciements, Élisabeth Jacques en est persuadée comme beaucoup d'autres : « Mais ce qui est intolérable, c'est que la direction ne dit pas aux salariés ce qui les attend dès 2011. Ils nient, prétendent ne pas savoir. Il est plus que temps de tomber les masques. » C'est en cortège relativement silencieux, au vu du nombre de ses participants, que les salariés d'Arc ont descendu l'avenue De Gaulle, sécurisée par la police. Les slogans se cherchent, un peu de « Tous ensemble, tous ensemble ! », un peu de « Y'en a marre ! ». Quelques minutes plus tard on entendra La Marseillaise et « direction, démission ! » sous les fenêtres du bâtiment où se tenait la réunion extraordinaire.
« Certaines
de nos machines
sont rafistolées avec
du bois et de la ferraille » Dans les rangs des manifestants qui patientent, on parle des cadences de plus en plus dures à tenir. Des blessures à répétition : « On a un abonnement à SOS mains » ironise un militant CGT qui ajoute que cela se répercute sur la qualité : « Des verres qui manquent dans les colis, ou bien emballés alors qu'ils sont ébréchés. On a d'ailleurs eu un gros problème avec les verres Coca commandés par Mc Donald's ». Un de ses collègues, du même syndicat, soupire : « On parle de pénibilité, mais pour améliorer les conditions, il faut des moyens. Et il n'y a plus d'argent. Arc est fier d'être le numéro 1 des arts de la table, mais je peux vous dire que certaines de nos machines sont rafistolées avec du bois et de la ferraille... » Après plus d'une heure de discussion avec Oliver Hasler, directeur général Europe, Dominique Bouquet, directeur des ressources humaines Europe et Gilles Tosin, directeur industrie Europe, les délégués syndicaux sont ressortis la mine défaite.
Philippe Maes se fait le porte-parole de l'intersyndicale : « Pour ce qui est des 3/8, la direction nous dit qu'elle ne peut pas faire autrement. Pour ce qui est des salaires, elle nous propose de se revoir en juin, pour voir s'il y a moyen de faire quelque chose... » Ses propos sont accueillis par des cris de déception. Le mouvement ne semble pas vouloir s'arrêter si vite : « Attention, prévient Vincent Fenaert, si le conflit social doit durer, il ne s'arrêtera pas demain ou la semaine prochaine. » Philippe Maes : « Je ne veux pas que vos femmes viennent me voir dans un mois en me disant, "On n'a plus de sous parce que mon mari ne travaille plus." » Proposant d'abord de prendre le temps de la réflexion, le délégué CGT fait finalement très vite une nouvelle annonce.
L'intersyndicale a proposé de débrayer deux heures à chaque début de poste jusqu'à la cinquième équipe, soit au moins jusque ce mercredi matin, 7 heures.
Grégory FAUCQUEZ
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L'Echo de la Lys


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