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Agglomération de Saint-Omer

Société

Le devoir conjugal n'existe pas

jeudi 25.02.2010, 14:00
Corinne Thuillier, juriste du CIDF, et Céline Verbert (à droite), référente famille du centre social. Corinne Thuillier, juriste du CIDF, et Céline Verbert (à droite), référente famille du centre social.

On estime qu'une Française sur dix est victime de violences conjugales. Plus d'un viol sur dix est commis entre conjoints ou concubins. Notre région est très touchée par ce phénomène. Des associations comme le CIDF sont des planches de salut à connaître

Il est jaloux, on ne peut rien y faire. C'est un caractère. Il aime bien être maître dans sa maison. C'est comme ça... Beaucoup d'entre nous ont eu à entendre ce genre de choses.

On les écoute en plaignant la femme du foyer en question.
Ces choses-là, tellement banales, prennent un tout autre écho quand c'est une juriste du Centre d'information sur les droits des femmes qui en parle. On prend alors mieux la mesure de ce dont il s'agit réellement : de violence. La première intervention sur ce thème de Corinne Thuilliez au centre social d'Arques, le 2 février, avait provoqué un tel intérêt qu'elle a été reprogrammée ce lundi au même endroit. Comme le confirme la référente famille du centre, Céline Verbert, jamais une thématique n'avait rencontré une telle curiosité.
En plus de deux heures, la juriste a donné les clés pour identifier la violence à laquelle chacun peut être confronté. Corinne Thuillier a évoqué la maltraitance des personnes âgées, les mauvais traitements à enfant et, longuement, la violence conjugale. Elle existe sous plusieurs formes qui, toutes, se retrouvent sous cette définition : « utilisation abusive d'un rapport de force. » Attachée au CIDF de Béthune, la juriste en a entendu des histoires tragiques. Comme celle de cette femme enceinte d'un enfant pourtant désiré avec son compagnon. Mais l'homme, sans la moindre raison, est devenu violent une fois le ventre de sa compagne arrondi. C'est à cet endroit qu'il dirigeait ses coups de préférence, jusqu'à provoquer l'accouchement un mois et demi avant le terme. Ce n'était pas la fin du calvaire car la femme s'est retrouvée dans la rue, en pleine nuit, son bébé dans les bras, quinze jours après leur retour de maternité. « Ce n'est à ce moment-là qu'elle a eu le déclic » commente Corinne Thuillier. Le déclic, c'est la fuite.
L'homme dépasse
les bornes,
puis s'excuse, alors
la femme pardonne.

Et ainsi de suite.
Car on le devine dans les propos de la juriste de CIDF : il n'y a pas de fin heureuse à ces situations. L'homme dépasse les bornes, puis s'excuse, alors la femme pardonne. Et ainsi de suite. Sans compter que la femme a honte, ce qui arrange bien le maltraitant.
Dans le public, un jeune garçon insiste pour qu'on reconnaisse que les hommes aussi peuvent être victimes des coups de leur compagne. La juriste lui répond que le phénomène des hommes battus n'est pas à négliger car il existe bel et bien. Mais les faits de violence sur les femmes demeurent très largement majoritaires. Et puis le phénomène est mal connu parce qu'il est étouffé par la honte des victimes, la peur du ridicule.
Les blessures
les plus durables La violence s'accompagne toujours d'une emprise psychologique du maltraitant, qui a souvent recours à des propos blessants ou humiliants : «  Au CIDF on a vu des femmes médecin, kiné ou cadre qui n'en pouvaient plus d'entendre leur compagnon leur dire qu'elles étaient nulles. Cela peut paraître surprenant que ces femmes qui ont réussi leur carrière puissent être sensibles à ce genre de propos. Mais c'est le cas. » Le CIDF a vu des violences psychologiques entraîner des dépressions, faire sombrer dans l'alcoolisme ou mener au suicide : « Des femmes nous ont dit avoir oublié les coups, qu'elles s'en étaient remises. Mais que les violences psychologiques les faisaient encore souffrir, parfois des années après la fin de la relation. » Corinne Thuillier signale une variante : la pression par l'argent, toujours dans l'objectif de réduire la femme à néant. « On a vu une femme à qui son mari avait laissé quinze francs de l'époque (2,50 euros) pour s'acheter des chaussures », se souvient l'intervenante qui ajoute que beaucoup de femmes ne savent pas qu'elles peuvent avoir un compte en banque à leur nom même en étant mariée.
Beaucoup d'adolescents et de jeunes composant son auditoire, Corinne Thuillier a mis en garde contre l'apparente banalisation de pratiques sexuelles : «  Aller en club échangiste n'est pas la norme. Filmer ses ébats pour les diffuser sur Internet n'est pas la norme. Ne vous laissez pas abuser ! », assène-t-elle.
Le public n'était sûrement pas trop jeune pour entendre cet exposé. Comme l'explique la juriste, le cycle infernal peut s'installer très tôt dans la vie, dès les premières relations amoureuses : « Quand une jeune fille de seize, dix-sept ans, ne se maquille plus, ne voit plus ses anciens amis, ne porte plus de jupes parce que son copain le lui interdit, elle ne s'en rend pas forcément compte mais elle est déjà victime. Le copain lui fera toujours croire que c'est par amour avec un grand A. Il faut sortir de ce genre de situation. » Un visage aimable en société C'est connu, la violence conjugale n'est pas spécifique à une classe sociale. Il n'y a pas de portrait type du maltraitant, reconnaît la juriste, mais certains traits de caractère se retrouvent fréquemment : « L'homme violent a souvent une personnalité autoritaire. Il occupe souvent un poste à responsabilité, des fonctions de commandement. Et, en société, il offrira souvent un visage aimable, faisant en public des compliments à la femme qu'il maltraite dans l'intimité. » En revanche, il n'y a pas d'hérédité de la violence, selon Corinne Thuillier : « Assister à des violences sur sa mère est une violence pour l'enfant.
Mais, même s'il a été violenté lui-même, il ne sera pas forcément violent une fois adulte. » On estime qu'une femme sur dix en France est victime de violences conjugales. Tous les trois jours, une femme meurt sous les coups de son compagnon. Tous les quinze jours, un homme est tué par sa compagne. Dans la moitié des cas il s'agissait d'un homme violent.
Grégory FAUCQUEZ
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L'Echo de la Lys


Quelles sont les démarches à suivre ?

Quelles sont les suites judiciaires possibles à des violences conjugales ?
Le procureur peut engager des poursuites contre l'auteur des violences qu'il y ait eu dépôt de plainte ou signalement des faits. L'auteur des violences encourt des sanctions pénales et, avant tout jugement, des mesures de sûreté : éloignement du domicile, placement sous contrôle judiciaire (l'auteur des violences doit respecter une ou plusieurs obligations, comme ne pas s'approcher de la victime) ou détention provisoire.
Le Procureur de la République peut selon la gravité des faits et l'urgence de la situation : - Engager des poursuites pénales à l'encontre de l'auteur des faits : par convocation ou comparution immédiate devant le Tribunal correctionnel ; en saisissant le juge d'instruction pour qu'une enquête plus approfondie soit menée s'agissant de faits particulièrement graves.
- Décider d'une alternative aux poursuites pénales : Rappel à la loi, composition pénale ou médiation pénale ; à noter que la victime est en droit de refuser une médiation pénale qui lui est proposée.
- Classer sans suite la plainte : manque de preuves, non respect des règles de procédure.
En cas de départ du domicile Il est important de signaler son départ en indiquant son motif au commissariat de police ou à la gendarmerie. Emporter les documents officiels (livret de famille, carte d'identité, carte de séjour...) et importants (chéquiers, quittance de loyer, bulletins de salaire, carte d'assuré social, carnet de santé, factures...) ainsi que les éléments de preuve.
Quelles démarches entreprendre ?
Effectuer un examen médical le plus tôt possible. Qu'une plainte soit déposée ou non, il est important de faire constater par un médecin les violences subies, à la fois physiques et psychologiques. Le certificat médical de constatation est un élément de preuve utile dans le cadre d'une procédure judiciaire, même si elle a lieu plusieurs mois après.
Signaler les faits Par le dépôt d'une plainte. Pour engager des poursuites judiciaires, la première démarche à effectuer est le dépôt d'une plainte, soit auprès des services de police ou de gendarmerie, soit en écrivant directement au Procureur de la République.
Par une simple déclaration. Si la victime ne souhaite pas porter plainte, il lui est cependant conseillé de déclarer les violences qu'elle a subies au commissariat (main courante) ou à la gendarmerie (procès-verbal de renseignements judiciaires). Ces déclarations permettent de conserver une trace écrite des violences dont elle a été victime.
Les peines sont fonction de la gravité des faits. Elles peuvent aller d'une simple amende à des peines de prison ferme. Le conjoint coupable de violences peut par ailleurs être astreint à un suivi thérapeutique. Il faut savoir que la loi punit plus sévèrement le meurtre, le viol, les agressions sexuelles quand ils sont commis au sein d'un couple, même séparé.
stop-violences-femmes-gouv.fr


Les violences

 La plus évidente, celle qui fait l'objet de plainte à la gendarmerie, la violence physique. Corinne Thuillier la décrit : « C'est le fait de gifler, de pincer, de traîner la personne par les cheveux, ce qui arrive bien plus souvent qu'on ne l'imagine. » Elle précise que certains maltraitants font attention à ne pas toucher le visage, car les coups seront moins faciles à dissimuler.
 Corinne Thuillier évoque ensuite la violence verbale, à rapprocher de la violence psychologique. La violence verbale, détaille la juriste du CIDF, cela peut-être des cris mais pas uniquement : « Parfois c'est juste un ton de voix qui change, qui devient mielleux par exemple. On assiste à ça parfois dans des endroits où il y a du monde. D'un seul coup, le comportement de la femme change, elle se renferme. Parce que ce changement de ton est le signal que ça va mal se passer pour elle. »  Sans détour ni tabou, Corinne Thuillier a aussi largement évoqué les violences sexuelles. Il s'agit bien de viol, dont la juriste rappelle qu'il est puni par la loi même s'il est commis entre époux ou concubins : « Malgré une idée répandue, - que notre société a d'ailleurs longtemps encouragée -, le devoir conjugal n'existe pas. Un rapport sexuel doit toujours être consenti. »


À savoir

- Corinne Thuillier, juriste du CIDF de Béthune, tient des permanences sur le droit des familles au centre social d'Arques, rue Aristide-Briand, tous les vendredis de 9 h à midi, et à la MJEP d'Isbergues, rue Jean-Macé, le premier lundi de chaque mois de 14 h à 17 h.
- Appelez le 3919 - Que vous soyez victime ou témoin de violences conjugales, des spécialistes vous informent et vous indiquent les démarches à suivre.


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