Agression de deux de ses voisines. Tentative de viols et de meurtre. Didier Pigouche, un Lillérois de quarante-trois ans, vient d'être condamné à dix-huit ans de réclusion criminelle par la cour d'assises du Pas-de-Calais.
Lundi6 et mardi 7 février s'est tenu aux assises de Saint-Omer, le procès de Didier Pigouche. Âgé de 43 ans, il comparaissait pour agressions sexuelles et tentative d'homicide volontaire sur Martine Royer et tentative d'homicide volontaire sur Astrid Bertin.
Le mardi 2 juin 2009, Martine, 57 ans, est seule dans sa maison d'Hurionville (Lillers). Pigouche, parrain d'un de ses fils, le sait bien. Le mari est en déplacement avec son filleul, il ne reviendra que dans quelques jours. Prétextant l'emprunt d'un sécateur, il pénètre dans la maison.
La quinquagénaire qui le connaît depuis longtemps, ne se méfie pas. Elle lui montre les travaux réalisés dans la maison. À un moment, tous deux passent devant la chambre. Pigouche devient un autre homme. Il se jette sur le petit bout de femme, la bascule sur le lit, se met à califourchon sur elle, lui arrache la bretelle de son débardeur, lui mord un sein.
« Je ne veux pas mourir » Elle hurle et se débat. Elle le griffe au visage. Il l'étrangle, sert de plus en plus fort. Elle suffoque. Dans un sursaut, elle menace de raconter tout ça à la mère de l'agresseur. Il s'arrête et se dirige vers la salle de bains pour s'emparer d'un cordon de peignoir. « Je ne veux pas mourir », supplie-t-elle.
L'agresseur se met à pleurer, mais il la pousse sur le sol et lui claque la tête par terre. Son visage est tuméfié. Pigouche lui demande alors de lui servir à boire et s'enfile quelques pastis. Il ordonne à sa victime d'en prendre un avec lui et de lui donner une petite culotte. De peur de représailles, elle s'exécute et il finit par repartir comme si de rien n'était.
Les jours suivants, il viendra prendre de ses nouvelles et demander pardon. Et lui amènera même de la pommade pour soigner les bleus de son visage.
Martine est terrifiée et n'en parle à personne. Elle ne veut pas que la maman de Pigouche soit attristée de ce qu'a fait son fils. Elle a peur que son mari, chasseur, commette un acte irréparable. Le vendredi soir, son fils la pousse à porter plainte. Elle se décide et va au commissariat.
« J'ai pas résisté » Dans le box des accusés, l'homme ne nie pas les faits d'agressions mais, quand on évoque ce qui a trait à la sexualité, il minimise. « Quand elle s'est baissée pour ramasser un objet, j'ai vu ses seins et j'ai pas résisté. Et j'ai tenté de l'embrasser. Je n'étais pas conscient, je voulais pas lui faire de mal », prononce le mis en cause avec un cheveu sur la langue.
Le lundi 8 juin, dans l'après-midi, alors qu'il est attendu au commissariat pour répondre de l'agression sur Martine, il se rend chez une autre de ses voisines. Il enjambe le grillage. Astrid, 38 ans, deux enfants en bas âge, étend son linge dans le jardin. Soudain, elle sursaute quand elle voit Pigouche.
Il lui bredouille quelques fausses excuses à propos de son chien qui pourrait se sauver à cause du trou dans le grillage. Elle lui intime l'ordre de déguerpir de chez elle. Il a mal à la jambe, ment-il.
Quatre coups de couteau Naïvement et gentiment, la frêle Astrid le reconduit vers la sortie en passant par la maison. Tout à coup, il l'agrippe, tente de l'embrasser. Elle refuse. Il sort un couteau à cran d'arrêt pour lui placer sous la gorge et l'entraîne dans une pièce. Elle essaie de se dégager, ce qui n'est pas chose facile : il pèse plus de 100 kilos. Elle ouvre la fenêtre pour appeler au secours. Personne ne l'entend.
Il la poignarde de quatre coups dans le thorax, assenés de manière « méthodique », déclarera la victime. Elle le supplie : « Mes enfants n'ont que moi. » Il continue. Le couteau touche le foie. Astrid s'écroule. Il esquisse alors un baiser en lui mordillant les lèvres.
Une porte claque. Pigouche prend peur et décide de s'enfuir, laissant sa victime dans une mare de sang. Celle-ci trouve la force de téléphoner aux secours et elle est transportée à l'hôpital de Beuvry. Son pronostic vital est engagé pendant plusieurs jours.
Responsable L'homme est rattrapé une heure plus tard dans les bois avec 1,22 g d'alcool dans le sang. Selon ses dires, il voulait se suicider avec une corde et une trentaine de cachets de paracétamol.
Pigouche est interné d'office pendant un mois. Reste à déterminer s'il est responsable de ses actes. Les experts, psychiatres et psychologues qui l'ont entendu le décrivent comme une personne frustre, dotée d'une modestie intellectuelle, ayant une immaturité psychoaffective et des difficultés relationnelles. Didier Pigouche n'aurait jamais connu l'amour d'une femme et serait taraudé par ses besoins sexuels et désinhibé par l'alcool. « J'étais comme un somnambule quand j'ai sauté sur Astrid », avait-il déclaré. L'expert psychiatre affirme que Pigouche n'a pas de maladie mentale. Il est responsable de ses actes.
Lors de la perquisition, on retrouve des magazines pornographiques. Sur les poitrines opulentes, il a noté le prénom de ses voisines, dont celui d'Astrid.
On retrouve aussi une culotte tachée derrière une dalle de béton. Ce n'est pas celle de Martine.
Pervers, oisif Lors des auditions de témoins et voisins, Pigouche est décrit comme un homme étrange, pervers, oisif, toujours « posté à mater des femmes », vivant toujours chez sa maman et ne faisant guère d'effort pour garder ou obtenir un travail.
Si les voisins du prévenu s'accordent à dire qu'il leur a toujours inspiré la méfiance, la maman défend son petit avec force et conviction à la barre du tribunal. Elle affirme aussi qu'à sa connaissance, le couteau se trouvait habituellement toujours sur une étagère dans une dépendance de la maison.
Jusque-là, le casier judiciaire du mis en cause était vierge. Il avait toutefois fait l'objet d'une procédure en 1996 pour appels malveillants. La même année, une autre dame avait confessé avoir été agressée par Pigouche.
Il y a eu les réquisitions de l'avocat général Brice Partouche. Il y a eu les plaidoiries pour la partie civile de Stéphane Robilliart et de Bruno Dubout puis, pour finir, celles de Philippe Huré pour la défense. La cour s'est retirée. Après deux heures de débats et réflexions, juges et jurés déclarent « coupable » Didier Pigouche. Sans sourciller, il reçoit le verdict : dix-huit ans de réclusion criminelle. Il a une injonction de soin et sera inscrit au fichier des délinquants sexuels. À sa sortie de prison, il sera suivi judiciairement pendant huit ans. S'il ne respecte pas les conditions du suivi sociojudicaire, il écopera automatiquement de quatre ans de prison.
Fanny JOOS-DELIGNE
Il la poignarde, Astrid s'écroule. Il esquisse un baiser. Une porte claque.
Il laisse sa victime dans le sang.
L'Echo de la Lys
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