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Artois

Les vingt ans du centre de détention de Bapaume

La première prison privée de France semble avoir « bien vieilli »

mercredi 30.06.2010, 14:00

C'était le 25 juin 1990, jour pour jour. Ce jour-là, les trente premiers détenus du centre de détention de Bapaume intégraient leur cellule. Vingt ans après, la structure remplit toujours son rôle de préparation à la sortie, dans de bonnes conditions

Il y a vingt ans, le centre de détention de Bapaume voyait le jour, dans un contexte tendu de mutineries dans diverses prisons françaises, dont celle de Loos-lez-Lille.

À l'époque, peu de voix se sont élevées contre cette création. Et tous reconnaissent aujourd'hui que la présence de cette prison privée, la première de France est un atout économique. Loin de se fissurer, l'établissement s'est solidement installé dans la région, et poursuit, vingt ans après, son développement.
« Révolution pénitentiaire », voilà ce qui semble le mieux caractériser le centre de détention de Bapaume il y a 20 ans. Lorsque le ministre Albin Chalandon évoque en 1986, l'idée de construire des prisons privées, il souhaite avant tout lutter contre la surpopulation carcérale. Jean-Paul Delevoye est le premier élu à répondre favorablement, tout comme André Delelis, et un autre élu du Boulonnais.
Un architecte arrageois est désigné, le maître d'oeuvre aussi. Très vite, le projet se dessine : un centre de détention avec 636 cellules, 690 lits, et 80 emplois privés à la clé.
Terrain de football, piste d'athlétisme, salle de sports, atelier de réinsertion, de recyclage, de formation, infirmerie, espaces verts, quartier des détenus dangereux, quartier des femmes, le centre de détention s'étend sur 12 hectares.
Directeur depuis quelques mois, Dominique Bruneau, juge que « l'établissement a bien vieilli ». Avec l'aide du Spip, service de probation et d'insertion pénitentiaire, le centre de détention fait en sorte de préparer au mieux la sortie des détenus.
« Le centre de détention est définitivement tourné vers la sortie. 80 % des détenus purgent une longue peine. Et quatorze détenus ont été condamnés à perpétuité. Pour faire vivre le centre de détention, nous pouvons compter sur les moniteurs de sports. Cette année, les joueuses de basket d'Arras et Jacques Sécretin sont venus partager un moment avec les détenus, une équipe à participer à la route du Louvre. Si le centre fonctionne aussi bien, c'est grâce à l'investissement de tout le personnel », soulignait le directeur.
Un centre intégré
et discret dans la ville Vingt ans après, le centre de détention peut se vanter d'avoir du personnel fidèle, qui s'est installé dans la région bapalmoise. Un avantage certain pour l'économie locale. En 1990, peu d'élus s'étaient prononcés contre l'ouverture de la prison, « 37 avis favorables contre 8 », précise le directeur. Le projet était tout de même controversé, provoquant l'inquiétude des habitants de la région. Eugène Lefevbre, adjoint au maire de Bapaume, se souvient que quelques voix s'étaient élevées contre la construction du centre mais rien qui n'est venu freiner le projet pour autant.
Situé sur un ancien champ de pomme de terre, au lieu-dit La Couture, le centre de détention de Bapaume est parfaitement intégré à la ville, et la zone sur laquelle il se trouve attire de plus en plus d'entreprises, qui ne se sentent pas gênées par la présence d'une prison. Des détenus célèbres, notamment de l'ETA ou encore Lucien Léger, condamné à perpétuité, plus vieux détenu de France qui a quitté les lieux en 2005, ont arpenté la cour et vécu dans les cellules bapalmoises.

Aurélie DELFORGE



L'Echo de la Lys


« Nous sommes un centre de détention voué à la réinsertion »

 Après vingt ans d'existence, le centre de détention de Bapaume est resté fidèle à ses missions, entre sécurité et réinsertion. Même si les détenus ne sont pas obligés de travailler, la plupart d'entre eux ont opté pour une activité. Que ce soit de la formation qualifiante ou une activité professionnelle, tous font en sorte de mettre le temps de la peine à profit.
La réinsertion est une idée à laquelle on tient à Bapaume. « Dernièrement, il y a un an environ, nous avons mis en place la formation de téléconseiller.
Les installations nécessaires à la création d'un centre d'appel ici ont d'ailleurs été réalisées, mais nous sommes toujours à la recherche d'un partenaire  », note Frédéric Lopez, directeur adjoint du centre de détention. Restauration collective, peinture, bâtiment, ou une école d'entreprise pédagogique de services pour les femmes, chaque individu peut se préparer à un métier : « Nous faisons en sorte que les formations offrent des débouchés ».
Le Siges, société d'investissement de gestion et de services, intervient lui aussi dans la composante réinsertion du centre pénitentiaire. Il peut très bien chercher les contrats de travail pour le centre de détention, encadrer les détenus, etc... « Nous n'obligeons aucun détenu à travailler, mais une loi rendra bientôt le travail obligatoire. La plupart des détenus ont compris que se former et travailler peut aider à la sortie, que cela apporte une pierre de plus à leu dossier. » En plus des détenus, le centre de détention fait aussi travailler beaucoup de monde. La maison des familles et tout ce qui concerne l'accueil par exemple, est dévoué à une société privée. « En tout, 47 personnes sont employées. Des embauches viennent d'avoir lieu pour honorer le nouveau contrat. La société va faire en sorte d'humaniser un peu plus l'accueil des familles, en réalisant un petit film de présentation, pour montrer aux familles ce qu'elles ne peuvent pas voir, et en préparant un autre film pour les détenus qui arrivent », soulignait le directeur, Dominique Bruneau. 200 personnels pénitentiaires s'investissent également dans l'établissement.


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